La galère du travail normatif en infodoc


Mis à jour le 22 Juin 2008

Prenant acte de l'élargissement du périmètre des documents normatifs touchant à l'information et à la documentation, nous posons dans cette note (un peu longue …), la question du rôle du comité technique de l'ISO, le TC46. Après avoir exposé brièvement la situation en France de ce TC et les difficultés de valorisation des normes, nous présentons le fonctionnement particulier de la production normative aux USA avec l'ANSI, un Groupe de conseil technique (TAG=Technical Advisory Group) du NISO, miroir du TC46.


ISO TC46 – Afnor GC46


Les normes qui touchent à l’information et à l'information documentaire sont nombreuses, très nombreuses… Nous pouvons citer :

  • les schémas de représentation ou de description de ressources de nature bibliographiques: Dublin Core, MARC, LOM-Fr, IPTC,…
  • ceux orientés "document" dans son entier : la TEI ou encore l'ISO NP 16642 pour les terminologies, SKOS ou NP25964 pour les thésaurus ou classifications
  • des systèmes d’identification : ISBN mais aussi ISAN, ISRN, DOI, ISNI pour les « parties » ou ayants-droits…)
  • les normes pour les noms de langue, de pays ou d'écritures.

et tout cela a l’air de bien tourner, n’est-ce-pas ?

Des normes apparaissent, elle sont (plus ou moins) appliquées … sans se poser vraiment des questions sur la machinerie.  Certaines normes disparaissent, d'autres sont remplacer,…

Mais au fait, d’où vient le pétrole qui fait marcher le système ?
Les épisodes de l’adoption du format OXML de Microsoft nous oblige à y regarder d’un peu plus près.

Extension du périmètre des normes en infodoc

Si l'on ne restreint pas les documents à ce qui se trouvent dans les
services d'Archives, les Bibliothèques ou les Musées, on peut convenir
que les normes en infodoc sont produites et exploitées par une large
palette de publics, dans des lieux très variés.

On peut citer bien sûr les organismes et services pré-cités dont le
métier principal est de de gérer et d’organiser cette matière, et ceci
quel que soit le nom donné à ces objets (document d'archives,
publication tels les livres ou autres formes de supports et genres
textuels, visuels ou sonores, objets de collection de musée).
Mais en basculant dans le numérique, le champ d’intervention de ces
normes déjà présent dans tous les lieux d'activités humaines, s’est
considérablement élargi touchant aujourd’hui de nombreuses autres
organisations dès lors que celles-ci produisent ou exploitent ce type
d’information.  C’est-à-dire aujourd’hui … tout le monde !

Une étude panoramique des lieux de production normative peut
inquiéter dans une période où l’interopérabilité semble une nécessité
face aux flots d’information qui nous entourent.
On trouve bien sûr l’ISO et ses pendants locaux comme l'Afnor, ou pour
des aspects plus techniques, l’IETF pour les protocoles Internet, le
W3C pour l’architecture du Web ou l’OASIS (développement de spécifications aux standards de l'industrie pour l'interopérabilité), …
Mais il faut également compter sur des organismes d'envergure internationale émanant de secteurs professionnels. Citons l’IPTC
(International Press Telecommunications Council), consortium réunissant
les principales agences de presses du monde à l'origine des normes de
métadonnées relatives aux images de presse, l'IPTC Core, standard
(=norme) très largement utilisée dans ce secteur.

Tout ceci nécessite des travaux plus amples, plus longs avec une
diversité d'échanges, de points de vue, d'acteurs et des contacts plus
nombreux avec les professionnels de terrain. Bref du temps, des
compétences…

Dans ce contexte, quelle place alors attribuer au Comité de l'ISO dénommé "Information et Documentation", le fameux TC46 ?

Nom de code TC46

Le TC46 – Information et documentation – piloté actuellement par la
France (merci à Catherine Dhérent de la Bnf et tous les autres pilotes
des différents sous-groupes) –
conserve son périmètre historique lié
aux « pratiques relatives aux bibliothèques, aux centres de
documentation et d'information, à l'édition, aux archives, au records
management, à la documentation muséographique, aux services
d'indexation et de résumés, et aux sciences de l'information».[extrait
du site- réf]

En même temps, ce TC 46 de l'ISO est de plus en plus sollicité pour
travailler sur des projets de normes qui concernent bien sûr
l’information et la documentation, mais qui élargissent
considérablement son périmètre traditionnel par les enjeux mis en avant
et par les promoteurs en lice, comme on peut le voir avec les travaux
autour du DOI ou de l’ISNI.

Parallèlement à ces actions précises, dont l’origine est souvent
externe à l’ISO, le TC 46 noue des liens étroits avec d’autres Comités
au sein de l’ISO. Par exemple avec l’ISO JTC1/SC29/WG11 (MPEG/JPEG) ou
le TC 37 pour les Codes langues.

Conduire à bien ce travail en se centrant uniquement sur ces trois
niveaux (interne au TC46, autres TC de l'ISO ou par des appels de
l'externe à l'ISO) représente déjà des charges importantes, et les
participants à ces groupes sont désespérés face aux actions qui
pourraient et devraient être menées rien que sur le terrain de l’ISO !
Mais lorsque les membres de ce TC pointent d’autres travaux « normatifs
» ayant un recouvrement certain avec les travaux du TC46, travaux
conduits au sein d’association ou consortium professionnels et menés
sans toujours prendre en compte les critères d’interopérabilité, c’est
alors le désespoir !

Qui doit faire ce travail de veille, d'anticipation, de communication, de collaboration ?

La CG 46, miroir à l'Afnor de l'ISO TC46

Concernant ses moyens, le groupe français miroir de l'ISO TC46
(Commission Générale CG46, présidée par Mr Bérard de l'Abes) est
supporté essentiellement – si j’ai bien compris – par une subvention
significative de la Bnf et du Ministère de la Culture. Et tout cela
tourne vraiment grâce à un activisme – n’ayons pas peur des mots, d’un certain nombre des collaborateurs/trices issus de ces deux institutions. La journée d'étude organisée annuellement par l'Afnor et la Bnf témoigne de ce dynamisme.

D’autres structures – comme l’Adbs,
apporte sa contribution en participant aux différentes réunions et en
faisant la promotion de ces travaux auprès de ses adhérents.
Ponctuellement une société de conseil ou un éditeur apporte sa
contribution …. Mais tout ceci reste l’affaire d’individus plus que de
structure…

[Ajout le 26 Juin : La GC46 a décidé de produire une lettre d'information dont le premier numéro est paru en février (disponible sur le site de l'ADBS] 

Mais si la participation de ces deux Ministères – Education
nationale et Culture – s’explique historiquement, l’extension de la
portée d’une partie de ces normes, les profils de certains entrants
(venant pour un grand nombre de secteurs très concurrentiels) ainsi que
le nombre et l'orientation de ces projets qui ne cessent de croître,
rendent tout à fait inconfortable la position des « meneurs français »
de la GC46.

Constats sur la situation actuelle

Dans le cadre de ma participation au groupe de révision de la norme sur les thésaurus (NP 16642), j’ai pu mieux mesurer les réelles difficultés de ce TC. Un regard rapide sur la liste des participants et en parallèle sur la
liste des actions officielles montre la nécessité d’alerter tous les
professionnels de l’infodoc dans toutes les organisations et
entreprises.

Mais comment un(e) documentaliste dans une société du secteur de
l'informatique ou de l’industrie chimique peut-il/elle négocier auprès
de son entreprise de venir étoffer les groupes de normalisation (ou au
moins un groupe d’experts) et ainsi apporter ses compétences et un
point de vue terrain, alors que son entreprise fait déjà un effort sur
les normes de son métier, l’informatique, la chimie, l’énergie,
l’électricité… D’où une absence chronique de ces professionnels dans
ces instances.

Un premier travail de sensibilisation sur le terrain auprès
des professionnels eux-mêmes et des responsables des dispositifs
documentaires, des entreprises, que celles-ci soit éditrices
d’information (au fait que fait le GFII ?) ou de logiciels, société de
conseil ou indépendants.

Ensuite bien sûr, c’est le fonctionnement du dispositif de normalisation qu’il faut étudier.
Sans tomber dans le travers de penser que lui seul est en cause,
plusieurs éléments constituent me semble-t-il des freins à la promotion
de l'information "norme".

Tout d'abord, les tarifs de mise à disposition des normes
sont tels que les normes sont bien souvent absentes des rayonnages de
nombreuses bibliothèques. Bien sûr chaque lieu très spécialisé va faire
l'acquisition des 2 ou 3 documents de norme au coeur de sa spécialité.
Ceux qui en pâtissent le plus sont les bibliothèques multi-domaines
(pas de normes à la BPI ou à la Villette) ou le milieu de la formation.
Quant à l'approche trans-disciplinaire en particulier sur les outils
transversaux comme les méthodes qualité, l'informatique ou
l'information, absolument oubliée avec ce fonctionnement…Ce dernier
aspect – chacun dans sa filière – nous semble une des raisons de la
multiplication sans concertation de schéma de métadonnées, chacun
restant dans son propre monde.

Dans ce contexte de méconnaissance de l'univers et des enjeux des
documents de normes, viennent s'ajouter les difficultés rencontrées au
sein des associations professionnelles pour faire participer les
professionnels à des travaux d'intérêt général. L’ISO et son pendant
national l’Afnor sont d'énormes machines pas faciles d’approche avec un
modèle d'organisation un peu … ancien ;-). Faire participer plus de
personnes sur le terrain supposerait des moyens plus souples, plus rapides
que ce qui est proposé aujourd'hui. Une des raisons évoquée à ce
fonctionnement est que ce cadre formel et un peu rigide donnerait une
certaine légitimité à la production de ces groupes …mais il n'en
reste pas moins que cela constitue également un frein.

Sur le plan du tarif, le montant de l’adhésion (ou plutôt le
mécanisme de calcul de ce montant) reste difficile à passer dans un
secteur où les professionnels sont fortement « éclatés » dans des
services documentaires ou d’archives de taille très modeste face au
reste de l’entreprise ou organisation (les collectivités territoriales
…). Ne parlons pas bien sûr des petites entreprises, des indépendants
ou des associations professionnelles du secteur…
Le plus petit
tarif proposé par l'Afnor est de 445€ pour les entreprises de moins de
.. 1,5 M€  😉 et pour ce prix-là vous pouvez « … assister, avec voix
consultative, à l'assemblée générale ». Si vous voulez que votre
travail et votre voix soient pris en compte, il faut passer au stade
des entreprises avec un CA de moins de 7 M€, et débourser 1100 €, ou
775€ pour une association professionnelle.

Vous me direz, mais c’est pareil pour le W3C!

La différence me paraît importante
: les travaux du W3C grâce à une publication régulière (tous les trois
mois) sont plus largement ouverts auprès du public et les commentaires
sont pris en charge. Cela fait trois ans que je suis le mouvement de SKOS, un exemple parmi d'autres.
[J’espère que les collègues qui m’ont très aimablement acceptée dans le Groupe LOM-Fr début 2006 ne m’en voudront pas ! je parle ici de façon très globale]

Mais au fait comment cela tourne ailleurs ?

Un exemple : le NISO et l'ANSI (USA)

Pour nous aider dans notre réflexion, regardons un peu plus loin que
l'hexagone et étudions par exemple, l’organisation des travaux
normatifs autour de ces mêmes thèmes aux USA.

Il existe depuis 1939 (bientôt 70 ans !) le NISO (National Information Standards Organization), une société à but non lucratif accréditée par l’ANSI,
l’Afnor états-uniens. On parle de Technical Advisory Group ou TAG (que
l'on peut traduire par Groupe de conseil technique) pour le NISO.
L’ANSI est le miroir local du TC46 (quelque part le pendant de la GC46).

Cette structure prépare les normes américaines en infodoc, les fameuses Z comme la Z39.50
ou Z39.84 pour le DOI avec comme missions de : « identifier,
développer, maintenir et publier des normes techniques liées au
management de l’information dans notre environnement changeant et de
plus en plus digital ». Ces normes s’appliquent aussi bien aux
technologies traditionnelles que récentes pour répondre à un grand
nombre de besoins « incluant la recherche, la transformation aux
nouveaux modes de diffusion ou de distribution (repurposing), le
stockage, les métadonnées et la préservation ». (traduction de Dalb).

Ce type de groupe, le TAG, joue bien souvent un rôle de conseil mais aussi ici de production.
Dépendant de l'ANSI, c'est une structure souples puisque des membres
peuvent ne pas être membre de la tutelle en l'occurrence de l'Ansi.

Une première chose : présenter la finalité et le périmètre de cet
organisme par la matière traitée (management de l'information) et non
selon quelques uns des lieux d’exercice (Bibliothèque, Archives…)
donne une toute autre ampleur aux actions nombreuses de cet organisme.
« NISO is well positioned to bring together all interested parties,
wherever they are based ».
Et bien sûr, on remarque comme adhérents, à coté de Bibliothèques
Universitaires (relativement absentes chez nous, paraît-il), des
sociétés (3M, Dow Jones, EBSCO, …), des laboratoires de recherche (HP
laboratory), des consultants, des éditeurs de solutions informatiques
ou des associations professionnels (AIIM, OCLC…). Bref une
représentativité plus grande, une autre reconnaissance sur le
terrain,…et bien sûr d’autres moyens,

Les travaux préparatoires y sont plus aisés qu’avec la machinerie
ISO, plus ouverts aussi comme en témoigne l’imposant projet national
conduit entre 1999 et 2004, chantier préparatoire à la production de la
nouvelle norme sur les thésaurus éditée en juillet 2005. Trois mois
après sa production au sein du NISO, ce draft devenait une norme ANSI
officielle, avec une version électronique gratuite
comme toutes les normes ANSI, sur un site dédié. Ce qui est bien sûr un
des grands avantages de ce fonctionnement : les normes américaines sont
très utilisées à travers le monde comme la norme Z39.50. Bien joué,
diront-certains, hégémonies diront d'autres personnes…

Quelques informations chiffrées glanées sur le site de l'ANSI : ses
moyens se sont montés à 462 881.88€ pour 2006 (« overall revenue
$713,625 ») dont 75% proviennent des adhésions des membres. Je n’ai pas
le moyen de donner un avis, n'ayant pas de données financières pour la
France…N'hésitez pas à faire vos commentaires.

Pour finir sur une touche plus sympathique : le travail au sein de
ces groupes est très enrichissant sur le plan bien sûr des contenus et
mais surtout sur le plan humains…

La CG46 vous attend…

Dalb, version 2 du 22 juin 2008

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